Nass El Ghiwane et Mohamed Boudia




Mohamed Boudia a-t-il contribué à la création de Nass El Ghiwane, comme le laisse penser l’autobiographie de son leader ?


Ce martyr de la cause arabe assassiné le 28 Juin 1973 à Paris par les services secrets israéliens a, en quelque sorte, contribué à la prise de conscience des deux principaux fondateurs du groupe Nass El Ghiwane, en l’occurrence Boudjemaa Ahguir et Larbi Batma, tous deux défunts, sur de nombreuses questions politiques et notamment la lutte des peuples arabes et la question palestinienne.

En effet, dans son autobiographie en deux parties, Errahil (Le Voyageur) et El Alam (La Souffrance)*, parue avant son décès survenu en 1998, Larbi Batma, auquel on doit une grande partie des textes chantés par Nass El Ghiwane, signale qu’en 1969, après un malentendu sur des questions artistiques avec Tayeb Seddiki, alors directeur de Masrah Ennass en tournée en France, fait la connaissance, avec Boudjemaâ, d’un homme qui les marquera.

Il s’agit du martyr Mohamed Boudia qui à cette époque, était directeur d’un petit théâtre à Paris (voir Arts & Lettres du 3 janvier 2008) et en même temps, d’après les mémoires précitées, membre du FPLP (Front Populaire pour la Libération de la Palestine). Selon le co-fondateur de Nass El Ghiwane, « le regretté Boudia nous a aimés passionnément, moi et Boudjemaâ, surtout lorsque nous lui chantions nos morceaux révolutionnaires (…) C’est à cette période de l’histoire de Nass El Ghiwane que l’idée de la création du groupe a commencé à prendre forme et ce, grâce à Mohamed Boudia qui nous présenta une foule d’artistes et de militants de la cause palestinienne. » Tous seront des catalyseurs pour le projet artistique des deux artistes marocains au moment-même où étaient écrites les chansons les plus célèbres du groupe comme Ma Hamouni, Ya Bani el Insane et Siniya.

A cette même époque, Nadia et Rita Bradley, alors étudiantes, iront perpétrer un attentat en Israël pour le compte du FPLP, à la place de Larbi et Boudjemaâ qui avaient été prévus pour cette action. Mohamed Boudia a-t-il changé d’avis en confiant la mission aux deux sœurs Bradley, sachant le talent des deux artistes et voulant peut-être préserver leur futur grand projet artistique de création d’un groupe de chants engagés, bien avant l’apparition des Marcel Khalifa, Cheikh Imam et bien d’autres artistes et poètes arabes ? A-t-il dans ce sens encouragé les deux artistes à rentrer au Maroc pour concrétiser leur projet ? Il est sûr en tout cas qu’en côtoyant Mohamed Boudia, qui était lui-même homme de théâtre et de culture, les deux futurs cofondateurs de Nass El Ghiwane se sont beaucoup enrichis, tant au plan politique qu’artistique. Par la suite, le répertoire de Nass El Ghiwane s’est particulièrement porté sur la cause arabe et, en particulier, palestinienne.

Parmi les chansons relatives à ces thèmes, on peut citer Khir Khoudouni, El Kassem, El Ouma et Intifadha. Ce groupe qui a maintenant plus de quarante ans d’existence et qui poursuit encore sa carrière, comptait aussi parmi ses admirateurs et amis le défunt dramaturge Abdelkader Alloula. Après son assassinat par des terroristes à Oran, Nass El Ghiwane lui a rendu un vibrant hommage dans une chanson intitulée Alloula qui a été un signe fort de solidarité et de soutien de Nass El Ghiwane envers le peuple algérien, alors au cœur de la tragédie des années quatre-vingt-dix. Au même moment, d’autres artistes arabes lui tournaient le dos quand ils viennent aujourd’hui sur les scènes d’Alger saluer ses sacrifices à coups de milliers d’euros. Le groupe Nass El Ghiwane est resté inflexible sur ses principes et continue de donner à la chanson engagée maghrébine et arabe ses plus belles pages d’histoire, comme l’entendaient les défunts Boudjemaâ Ahguir, Larbi Batma et Mohamed Boudia. La rencontre entre ces deux artistes marocains et le personnage algérien est en tout cas une belle illustration de l’existence d’une culture maghrébine.

*Errahil (Le Voyageur) et El Alam (La Souffrance). Larbi Batma. En langue arabe. Ed. Arrabeta (Casablanca) et Toukbal (Rabat).


Par Tarek Billal
du journal El Watan

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4 commentaires:

Anonyme a dit…

Monsieur Tarek Billal est un journaliste qui s'interesse beaucoups aux arts populaires du Maghreb,je le remercie infinement sur cet article et ses differents autres recherches sur les Gnawas et les musiques de transes au maghreb.bon courage et longue aux membres de NEG

Anonyme a dit…

encor une fois surprise par ce que cet homme a fait et pourtant il est mort "prématurément";
je remercie au nom de toute ma famille tous ceux qui de loin ou de prés honore sa memoire de par ces articles ,ces pensées,revolutionnaires et ou artistiques,
Mme D. BOUDIA

Anonyme a dit…

Je n aime qu on melange les surviettes et les torchons s v p ne melagez pas el ghiwane avec la politique ,sont simplement des simple citoyens qui aime leur freres et soeurs marocains

Anonyme a dit…

Il n'a pas de melange ici monsieur le donneur de lecon,c'est le temoignage du defunt grand artiste Larbi Batma .
Ce vous ne s'avez pas monsieur et que le chahid Mohamed Boudia a ete un grand homme de theatre donc un artiste qui avait pris position pour la cause arabe et surtout Palestienne comme tous les patriotes arabes et maghrebins a l'instar de Nass El Ghiwane,alors surveiller votre langage quand vous parler de torchons et serviettes.A mauvais lecteur je vous salut pas.